Ecriture

Mardi 29 avril 2008


Un deuxième exercice d'écriture de l'atelier des poudreurs: écrire un texte à partir d'une photo et, en plus, pour la Saint-Valentin.
Et moi, la Saint-valentin, çà m'inspire le pire...
Mais c'est aussi celà, l'amour!
Bonne lecture.



Nous nous sommes retrouvés sur ce rocher, le bouchon de l’enfer, seuls au monde.
Cela faisait des mois que nous jouions à cache-cache, à tromper la vigilance de nos compagnons respectifs. Il était clair que nos familles ne pouvaient pas accepter cette tromperie, ce nouveau défi à leur vie bien rangée, sans surprises, ni compromissions.

Nous devions nous enfuir, quitte à tout abandonner, notre confort, notre bien-être. Il fallait tourner la page mais nous n’en avions plus la force après ces courses effrénées, ces incessants efforts pour se voir cinq, dix minutes à l’insu de l’autre. Pour nous, il était clair que c’était la fin de notre aventure commune, que ce rendez-vous insolite serait le dernier, qu’aucune issue ne nous permettrait de vivre ce que nous croyions possible, simplement vivre ensemble et oublier, effacer nos années d’enfer vécues auparavant.

Ce rocher, nous l’avions découvert six mois plus tôt. Ce fut notre première sortie, nous avions choisi, sans le savoir, le même sport extrême, le seul à même de nous faire oublier la routine intolérable qu’était devenue notre quotidien. Ce jour-là, nous testions l’esprit d’équipe, faire qu’à deux, encordés, il était possible de traverser ce rocher, de faire face au précipice, d’oublier ses peurs. Par hasard, nous nous sommes choisis, simplement nous étions les deux solitaires du groupe, sans partenaires. Nos regards se sont accrochés pour ne plus se séparer par la suite. Le soir même, nous découvrions de nouveaux jeux, une folle envie de rattraper le temps perdu, enfin connaitre la volupté de la fusion de deux corps qui se sont trouvés, complémentaires.

Jusqu’à aujourd’hui et notre désespoir, notre envie absolue de tout abandonner, de partir le cœur libre, heureux d’avoir vécu ces doux moments ensemble et, épuisés à la fois de devoir toujours lutter et gagner chaque minute d’intimité.

Nous avons juste fait un pas, enlacés, un pas vers l’éternité….
Par BenoitD
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Lundi 14 avril 2008

Qui, parmi vous, n'a jamais rêvé de passer de l'autre côté de la plume? De s'essayer à la prose ou la rime? De devenir, l'espace de quelques lignes, un écrivain?

J'ai essayé, je l'avoue et souvent, avec plaisir. J'ai découvert la joie d'écrire avec "Les poudreurs d'escampette" , un groupe d'écrivains amateurs qui se partagent leurs écrits en fonction de propositions des tenancières (c'est ainsi qu'elles se surnomment). Ensuite, on discute, on critique, on donne son avis, si on le veut, sans obligation...Je ne suis pas très assidu mais, de temps à autre, quand l'envie me prend ou quand le sujet m'interpelle, pourquoi pas se lancer.

Je vous propose un de mes textes. A vous de juger...



Le Phare

Mon père doit monter et descendre ces escaliers au moins quinze à vingt fois par jour. C'est son domaine, son antre, sa retraite. C’est devenu son phare. Loin de tout, ignoré de tous ou presque.

Quand maman est morte d'une longue maladie, dit-on pudiquement, il s'est enfui. Trois jours durant, sans un mot, sans aucune explication. Il n'est revenu que pour l'enterrement. Je lui en ai longtemps voulu. Maintenant je comprends. Tant d'années à soutenir l’insoutenable à côté de celle qu'on aime; la voir dépérir jour après jour, perdre kilos après kilos. Et ne rien dire, simplement souffrir intérieurement. Et, ce jour-là, le jour de la délivrance pour ma mère, enfin exploser. Expulser toute sa douleur, à s'en faire vomir.

Pendant les trois jours de fuite, il a réfléchi m'a t’il dit. Quel serait sa vie après, comment se passerait son retour à la maison ? Serait-il prêt à affronter ses collègues et leurs blagues de potaches, ces jeunes carriéristes qui ne pensent qu'à prendre sa place ? Non, il n'en avait plus le courage, ni l'envie, la force. Il a alors repensé à nos dernières vacances ensemble, sur la côte landaise, loin de l’agitation du monde extérieur. Maman était déjà malade mais elle souriait encore, croyait que ça passerait avec le temps. Elle avait besoin de repos, de l'air du large chargé d'iode nous expliquait-elle. J'étais jeune, je n'avais pas compris que je devais profiter des ultimes sourires de ma mère, qu'ils avaient bientôt faire place aux crispations et grimaces de la chimio. Je regrette aujourd'hui ces instants et les larmes me viennent à chaque fois que je revois les photos de cette année-là.

 

Mon père, aussi, a regardé ces photos quand il a abandonné maman à la morgue de l'hôpital.  Il a pris sa voiture et a foncé vers les landes. Trois heures de route sans halte, sans réfléchir, juste rouler devant soi, vite, très vite.

 

Arrivé sur la plage, il a respiré cet air si fort, si empreint de nostalgie et il a craqué, vidé son corps de toutes ces horreurs. Il a marché aussi, des heures durant, les pieds dans l'eau glacée. Pour anesthésier l'esprit. Quand il a vu le phare, majestueux et affrontant inutilement les marées, il a compris. Un jour, le phare en aura assez de ces vagues déferlantes et abandonnera, se laissera tomber, brique par brique et s'effondrera. Il n'en restera que des photos, des souvenirs, de l'illusoire en somme.

 

Aujourd'hui, mon père est gardien de ce phare, gardien de la mémoire de ma mère aussi. Il sait qu'il partira bien avant que le phare n'abdique devant les eaux de l'océan, mais il tient bon. Il vit au jour le jour. Il a de nouveau cette joie de vivre et, moi, j'ai retrouvé, sur son visage, un sourire. C'est le plus beau cadeau qu'il peut nous faire, à moi et à maman. Pour ça, je te dis tout simplement merci.


 

Par BenoitD
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