Littérature Française

Mercredi 28 mai 2008
Serge Joncour (France) - Carton ou l'histoire d'un libraire qui se transforme en carton - 7/10

Voilà un roman très étrange, inhabituel et extrêmement difficile à juger! L'histoire d'un libraire qui, sans raison apparente, se retrouve en silouhette de carton ne m'a qu'à moitié convaincu.
Certains passages sont excellents, la critique du marketing à outrance est judicieuse, le monde de l'édition est aussi bien ciblé mais celà manque néanmoins de profondeur, de poésie.

Mais cette première expérience de livre voyageur (merci à Goelen où vous pouvez encore vous inscrire, je pense) m'a beaucoup plu et en appellera beaucoup d'autres. Je me suis d'ailleurs inscrit sur Bookcrossing (le lien est ici) et j'y retrouve, avec plaisir, quelques-un(e)s de mes blogueurs préférés ;-)




4ème de couverture:

Libraire est un métier à risques. A bien faire, la tétanie s'installe et, du jour au lendemain, l'être de chair se transforme en PLV, en tête de gondole. Sous la pression marketing, la silhouette cannelée devient un auteur qui cartonne.

Maître-nageur, livreur de journaux, cuisinier, rédacteur publicitaire... Serge Joncour a exercé tous les métiers et voyagé partout avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Passionné par Calaferte et par Huysmans, il est passé maître dans l'art de dépeindre les ambiguïtés et les failles quotidiennes de notre société.

EdenFictions - 2003 - 94 pages - ISBN 2913245722
Par BenoitD
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Mardi 27 mai 2008
Jean-Paul Dubois (France) - Vous plaisantez, monsieur Tanner - 9/10

Quelle histoire, quel plaisir de lire ce roman, ce récit débridé sur les malheurs d'un chantier de rénovation. Après quelques livres difficiles (L'élégance du hérisson, Kafka sur le rivage), celui-ci m'a permis de reprendre tranquillement mon souffle et mes esprits.
J'ai beaucoup apprécié les personnages, ces ouvriers du bâtiment, j'ai beaucoup ri. J'y ai retrouvé quelques-uns de mes propres malheurs: le chauffagiste qui ne vient jamais au rendez-vous pour un devis, le plombier qui prend 25 clients sur la journée et qui ne peut en faire que 10 (et en plus, il le sait très bien mais ne sait pas dire non!)...
Rénover n'est pas simple et demande du temps et pas mal d'argent; et en plus, il faut pouvoir faire confiance à des ouvriers qu'on ne connait pas. Ou alors, il faut tout faire tout seul!! Un très bon moment.

4ème de couverture:

" Eh bien moi, vous me verrez tous les jours de la semaine. - Vous plaisantez, monsieur Tanner. En tout cas, il faut qu'on se mette d'accord : qui est-ce qui va commander ? " Paul Tanner, documentariste animalier, menait une existence paisible avant d'hériter de la maison familiale. Décidé à la restaurer de fond en comble, il entreprend des travaux. Tandis qu'il s'échine sur les sols, les corps de métier défilent. Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous... tous semblent s'être donné le mot pour lui rendre la vie impossible. Récit véridique d'un chantier, chronique d'un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains, Vous plaisantez, monsieur Tanner se lit comme une comédie. Une comédie menée par un narrateur qui ressemble fort à son auteur.

Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse. Il a publié une quinzaine de romans dont Une vie française, prix Femina 2004, qui a été traduit dans une quinzaine de pays.

Editions de l'Olivier - 2006 - 198 pages - ISBN
2879294681
Par BenoitD
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Lundi 26 mai 2008
Muriel Barbery (France) - L'élégance du hérisson - 9.5/10

Que dire de ce roman? Qu'il est très difficile de passer à autre chose tant ces extraordinaires personnages vous hantent longtemps après le mot fin.
J'ai adoré comme beaucoup d'autres blogeurs! Je m'y suis retrouvé, beaucoup plus dans Paloma (douze ans mais une vrai philosophie d'adulte!) que dans Renée, cette admirable concierge qui passe le plus clair de son temps à cacher son savoir et sa culture... Non pas que je me trouve intelligent, exceptionnellement intelligent, mais j'ai apprécié sa vision réaliste de la vie face aux drames qui l'entourent et aux caprices des adultes.
Quant aux amours et aux diners de Renée, ce sont des moments inoubliables que je ne veux pas trop détailler ici, pour que vous puissiez profiter de la surprise.
En tous cas, ce roman restera l'un des meilleurs de mon challenge ABC 2008.

4ème de couverture:

"Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "

Muriel Barbery est née en 1969. L'élégance du hérisson est son deuxième roman. Le précédent, Une gourmandise, est traduit en douze langues.


Par BenoitD
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Mercredi 23 avril 2008
Maxence Fermine (France) - Le violon noir - 9/10


Nettement moins original que Neige, un de mes coups de coeur, Le violon noir est dès le départ très intriguant. Ces deux personnages ont chacun leur secret et, page après page, on les découvre, très attachants l'un et l'autre.
Maxence Fermine écrit avec une telle poésie, une réelle musicalité que la lecture en est un véritable plaisir. On déguste lentement chaque ligne, retardant l'arrivée du mot fin.
Le roman étant déjà très court, je ne veux pas déflorer la moindre partie de l'histoire, ce sera à vous de le découvrir.
Quant à moi, je pars à la chasse aux autres romans de Maxence Fermine que je vais, illico, ajouter à ma LAL.


4ème de couverture:

A Venise, alors envahie par les troupes napoléoniennes, Johannes Karelsky, violoniste au talent reconnu dès l'enfance, enrôlé dans l'armée française et blessé au combat, trouve domicile chez un mystérieux luthier, passionné d'échecs et amateur d'eau-de-vie.

Très vite, entre ces deux hommes du secret, se noue une complicité faite de respect, de silence et de musique, qui se changera en une amitié que la simple évocation d'une voix de femme, dont on ne sait au juste où elle les entraînera, scellera jusque dans la mort.

Le violon noir, douleur et chef-d'oeuvre du luthier, est-il en fin de compte l'instrument de leur perte ou de leur rédemption?

Après Neige, Maxence Fermine nous donne à lire un roman envoûtant, écrit dans une langue concise et poétique.

Editions Arléa (Points en édition Poche) - 1999 - 127 pages - ISBN 2020566605

Par BenoitD
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Mercredi 16 avril 2008

 

Jean-Dominique Bauby (France) - Le scaphandre et le papillon - 8/10

Récit terrifiant. Des chapitres courts sur des sujets appremment anodins mais qui, au vu des circonstances, deviennent des moments d'intense souffrance, d'insoutenable émotion.
Il peut lire mais est incapable de tenir un livre; il aime ses enfants mais ne peut pas leur toucher les cheveux ni le visage; il lui reste les souvenirs et cette paupière, dernier lien entre lui et le monde des vivants.
On sent que chaque mot, chaque phrase a été longuement pensée, murie pendant ces mois de "non-vie", dans ce pays inconnu aux frontières de l'au-delà.
J'ai beaucoup aimé ce texte, très sobre dans l'émotion, mais qui nous fait réfléchir à ce que l'on est, à ce que l'on devient, à nos actions si banales...

Un film en a été tiré avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Segnier, Patrick Chesnais. Il est sorti en mai 2007, dix ans après le décès de J-D Bauby. Film primé à Cannes en 2007 (prix de la meilleure mise en scène) et aux Golden Globes en 2008 (Meilleur film en langue étrangère / Meilleur réalisateur pour Julian Schnabel).

4ème de couverture:

A jamais statufié, muet, exilé à l'intérieur de lui-même, il jette toute sa vie dans ce carnet de voyage immobile parce qu'elle va finir dans peu de temps. Après son accident cardiovasculaire, Jean-Dominique Bauby est ce mort vivant qu'un seul battement de cil rattache encore au monde et à la confidente qui déchiffre, un à un, ses derniers mots.

Adieu à la vie, dont les images dansent encore devant lui. Le visage d'une femme aimée, un air populaire, une nuit blanche à Saint-Pétersbourg ou un jour incandescent dans le Nevada, un film de Fritz Lang, les petits riens et les grandes espérances. Et puisqu'il faut quitter tout cela, autant le faire sans peur, et même avec le sourire.

Le journaliste qu'il était a remis sa dernière copie, inoubliable lettre adressée d'un pays inconnu.

Publié quelques jours avant la mort de Jean-Dominique Bauby, "Le scaphandre et le papillon" a été traduit en 23 langues et vendu à plus d'un million d'exmplaires dans le monde entier.

Robert Laffont - 1997 - 140 pages - ISBN 2266080590
Par BenoitD
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Lundi 31 mars 2008

je-vais-bien--ne-t-en-fais-pas.jpg Olivier Adam (France) - Je vais bien, ne t'en fais pas - 8.5/10

Roman fort, qui m'a laissé avec une grosse boule dans le ventre. Je me suis mis dans la peau de Claire et de sa quête, qu'elle ne pourra jamais atteindre mais elle continue, infatiguablement, sans savoir que tout ça est bien inutile.
Et les parents, qui aiment leur fille, d'un amour fort également. Mais est-ce vraiment de l'amour ou derrière ces sentiments, ne se cache-t-il pas le remords, la tentative de rachats de leurs fautes, de leurs erreurs?
C'est une belle réussite, bien construit, bien écrit.
En Belgique, ce livre fait l'actualité: un enseignant l'a donné à lire à ses élèves de 12-13 ans et certains parents n'ont pas apprécié que leurs enfants aient à lire des scènes dures, crues (sexe forcé dans l'ascenseur). Même si le thème du roman peut faire partie d'un cours, le choix de celui-ci est discutable; il y en a bien d'autres aussi intéressants (mais sans avoir à heurter les lecteurs).

4ème de couverture:

Une autre lettre de Loïc. Elles sont rares. Quelques phrases griffonnées sur un papier. Il va bien. Il n'a pas pardonné. Il ne rentrera pas. Il l'aime. Rien d'autre. Rien sur son départ précipité. Deux ans déjà qu'il est parti. Peu après que Claire a obtenu son bac. A son retour de vacances, il n'était plus là. Son frère avait disparu sans raison. Sans un mot d'explication. Claire croit du bout des lèvres à une dispute entre Loïc et son père. Demain, elle quittera son poste de caissière au supermarché et se rendra à Portbail. C'est de là-bas que la lettre a été postée. Claire dispose d'une semaine de congé pour retrouver Loïc. Lui parler. Comprendre.

La Dilettante - 1999 - 156 pages - ISBN 2266168526

Par BenoitD
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Vendredi 28 mars 2008

la-joueuse-de-go.jpg Shan Sa (France, origine chinoise) - La joueuse de go - 9/10

Superbe roman, entre deux personnages évidemment différents: l'une, mandchoue, la joueuse de go. A peine sortie de l'adolescence, elle découvre l'amour entre deux adolescents riches et révolutionnaires. L'autre, le soldat japonais, l'envahisseur, l'espion solitaire qui l'affronte au jeu de go, se défoule chez les prostituées. Rien ne les approche à priori si ce n'est cette interminable partie de go.
Le style est simple, très poétique; l'histoire construite en petits chapitres où l'un et l'autre protagonistes nous donne son point de vue, sa vision de l'histoire parfois différente, parfois semblable. Il est difficile de s'arrêtre tant ce roman est habile, plein de rebondissements, et l'envie d'en savoir plus est là, bien présente.
Et cette finale, magistrale, tragique comme on peut s'attendre au vu de l'Histoire (avec un grand H) de cette région, de ce peuple.
Bravo pour cette oeuvre magnifique!
Les autres romans de Shan Sa sont, bien sur, sur ma LAL:  Porte de la paix céleste, son premier roman en langue française, Les Quatre vies du saule, Impératrice, Les Conspirateurs, Alexandre et Alestria.

La joueuse de go a été lue aussi chez Majanissa - Kalistina - Lancelot - BMR/MAM

Porte de la paix céleste chez BMR/MAM

4ème de couverture:

Depuis 1931, le dernier empereur de Chine règne sans pouvoir sur la Mandchourie occupée par l'armée japonaise. Alors que l'aristocratie tente d'oublier dans de vaines distractions la guerre et ses cruautés, une lycéenne de seize ans joue au go. Place des Mille Vents, ses mains infaillibles manipulent les pions. Mélancolique mais fiévreuse, elle rêve d'un autre destin. "Le bonheur est un combat d'encerclement." Sur le damier, elle bat tous ses prétendants. Mais la joueuse ignore encore son adversaire de demain: un officier japonais dur comme le métal, à peine plus âgé qu'elle, dévoué à l'utopie impérialiste. Ils s'affrontent, ils s'aiment, sans un geste, jusqu'au bout, tandis que la Chine vacille sous les coups de l'envahisseur, qui tue, pille, torture.

La neige tombe. Les bannières d'un clan mandchou claquent au vent. Shan Sa laisse ses personnages si poignants mener la guerre comme au go. "Pourquoi cette violence insensée? Comment mon peuple, cent fois supérieur en nombre, s'est-il laissé massacrer?" demande l'auteur. Comment peut-on aimer son bourreau?

Shan Sa est née à Pékin en 1972. Romancière, elle est l'auteur de Porte de la Paix céleste (1977, bourse Goncourt du Premier roman) et des Quatre Vies du saule (Grasset, 1999, Prix Cazes).

Prix Goncourt des lycéens 2001.

Grasset - 2001 - 343 pages - ISBN 2702847497

Par BenoitD
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Jeudi 27 mars 2008

Marc Dugain (France) - La chambre des officiers - 9/10

Excellent roman, court mais intense. Adrien, beau gosse, part à la guerre comme officier ingénieur et, après quelques semaines seulement, se retrouve dans une chambre d'hôpital, défiguré, méconaissable. Il devra ré-apprendre à manger, à parler, à s'accepter tel qu'il est, tel que les autres le vient. Il mettra quasiment 4 ans à accepter (contraint d'ailleurs) de revoir sa famille à laquelle il n'aura pas avoué être une "gueule cassée".
Il se fera des amis, des vrais, de ceux qu'on n'oublie jamais, qu'on aide et qui nous aide quand le besoin s'en fait sentir.
Il retrouvera même l'amour.
C'est un roman sur la différence, sur l'acceptation de soi, sur l'amitié, sur les horreurs de la guerre, sur la souffrance, le désespoir...


Un extrait:

"Je rêve de Clémence chaque nuit. Le jour, je me défends d'y penser, de raviver son souvenir et encore moins d'imaginer son avenir. Ce qui différencie l'animal de l'homme, c'est que l'animal ne fait aucune place au futur. Dans mon cas, ce serait une commodité. Mais le présent n'apporte aucun soulagement non plus."



4ème de couverture:

En 1914, tout sourit à Adrien, ingénieur officier. Mais, au début de la guerre, lors d'une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d'obus le défigure. En un instant, il est devenu un monstre, une "gueule cassée".

Adrien ne connaîtra pas l'horreur des tranchées. Transféré au Val-de-Grâce, il rejoint une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir où l'on ne se voit que dans le regard des autres. Il y restera cinq ans. Cinq ans entre parenthèses. Cinq ans pour penser à l'avenir, à l'après-guerre, à Clémence qui l'a connu avec son visage d'ange. Cinq ans à nouer des amitiés déterminantes pour le reste de son existence...

Ce livre a obtenu le prix des libraires.

JC Lattès - 1998 - 172 pages - ISBN 2266093088

Par BenoitD
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Mercredi 26 mars 2008

suite-fran-aise-copie-1.jpg Irène Némirovsky (Russie, de langue française) - Suite française - Abandon

Autant le dire d'emblée, je ne l'ai pas terminé! Oui, je sais, certains crieront au scandale mais voilà, il m'a plutôt ennuyé et je n'ai pas pu ou voulu terminer la première partie. Trop de personnages, trop de répétitions, peu d'actions, difficulté à s'attacher tant les acteurs m'ont semblé lointains, impossibles à cerner, peu développés.
Pourtant, le sujet m'intéressait: l'exode juin 1940 et les dérives, conséquences ensuite. Peut-être en attendais-je au vu des très nombreuses critiques positives lues sur les blogs de la planète? Ou alors ce n'était pas le bon moment, l'endroit idéal pour aborder ce roman? Si l'occasion se présente, un jour, je reprendrais ma lecture et qui sait?


Mais je vous rassure, d'autres blogueurs l'ont apprécié; je vous invite donc à lire leurs critiques:

Biblioblog - Vincent - Majanissa -  Julien

4ème de couverture:

Ecrit dans le feu de l'Histoire, Suite française dépeint presque en direct l'exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique des familles françaises de toute sorte, des plus huppées aux plus modestes.Avec bonheur, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d'une population en déroute. Cocottes larguées par leur amant, grands bourgeois dégoûtés par la populace, blessés abandonnés dans des fermes engorgent les routes de France bombardées au hasard... Peu à peu l'ennemi prend possession d'un pays inerte et apeuré. Comme tant d'autres, le village de Bussy est alors contraint d'accueillir des troupes allemandes. Exacerbées par la présence de l'occupant, les tensions sociales et frustations des habitants se réveillent...

Roman bouleversant, intimiste, implacable, dévoilant avec une extraordinaire lucidité l'âme de chaque Français pendant l'Occupation (enrichi des notes et de la correspondance d'Irène Némirovsky), Suite française ressuscite d'une plume brillante et intuitive un pan à vif de notre mémoire.

Prix Renaudot 2004

Denoël - 2004 - 435 pages - ISBN 2207256456

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Par BenoitD
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Vendredi 14 mars 2008

la-premi-re-gorg-e-de-bi-re-copie-1.jpg Philippe Delerm (France)
La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules - 9.5/10 undefined

Recueil de textes plutôt que roman, celà change et fait du bien entre deux bouquins plus complexes ou difficiles.
Ici, c'est un retour à l'enfance, aux plaisirs oubliés. J'ai aimé le texte sur l'écossage des petits pois (extrait plus bas), le pull d'automne (ah! les pulls tricotés par maman...), le bruit de la dynamo (moi qui ne fait quasiment plus de vélo), le banana-split (il faudra vraiment que je me fasse cette folie un jour) et plein d'autres.
Certains ont trouvé le style bâteau, voire simpliste mais c'est ça qui est difficile. Et si l'on vous demandait d'écrire une page, une seule, sur la cueillette des mûres que vous faisiez autrefois, en seriez-vous capable avec autant d'élégance, autant de nostalgie. Je ne crois pas. Philippe Delerm, lui, y est arrivé avec beaucoup de tendresse et je me suis retrouvé à quinze ans, chez mes parents, avec ces petits bonheurs dont on ne se rendait même pas compte. Maintenant, le mal est réparé; les plaisirs d'antan sont là sur le papier et on peut les lire et les relire encore et encore...
Merci Monsieur Delerm.

4ème de couverture:


"C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. ce n'est pas bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tout près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher.

Alors on parle à petits coups, et là aussi la musique des mots semble venir de l'intérieur, paisible, familière. De temps en temps, on relève la tête pour regarder l'autre, à la fin d'une phrase;mais l'autre doit garder la tête penchée - c'est dans le code. On parle de travail, de projets, de fatigue - pas de psychologie. L'écossage des petits pois n'est pas conçu pour expliquer, mais pour suivre le cours, à léger contretemps. Il y en aurait pour cinq minutes, mais c'est bien de prolonger, d'alentir le matin, gousse à gousse, manches retroussées. On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C'est doux; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l'on s'étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis: - Il y aura juste le pain à aller chercher."

Né en 1950, Philippe Delerm a notamment publié La cinquième saison, Le buveur de temps, Mister Mouse et, récemment, Sundborn ou les jours de lumière.

Gallimard - 1997 - 92 pages - ISBN 2070744833

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Par BenoitD
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